Le vélo à assistance électrique (VAE) a dépassé le stade de simple gadget. Il est devenu une solution de mobilité pour des millions de personnes, un moyen efficace de désengorger les villes et de réduire l’empreinte carbone. Cet essor soulève de nouvelles questions, notamment sur la sécurité et la réglementation.
Dans ce contexte, l’État du New Jersey, aux États-Unis, a fait sensation en adoptant la loi la plus stricte du pays pour les vélos électriques. Au programme : immatriculation, permis de conduire et même assurance obligatoire pour certains modèles. Cette décision, à première vue, pourrait sembler logique pour sécuriser les routes. Pourtant, cette approche est une fausse bonne idée, un casse-tête bureaucratique qui risque de pénaliser les bons usagers et de freiner une évolution positive.
Découvrons pourquoi cette loi est un exemple à ne surtout pas suivre.
Le New Jersey Serre la Vis : Les Nouvelles Obligations Légales
Juste avant de quitter ses fonctions, l’ancien gouverneur du New Jersey a signé une loi qui change radicalement la donne pour les cyclistes. Elle instaure des contraintes jusqu’ici réservées aux véhicules motorisés comme les voitures ou les motos.
Assurance et Immatriculation Obligatoires
Concrètement, tous les utilisateurs de VAE doivent désormais enregistrer leur vélo auprès des autorités, comme on le ferait pour une voiture. Ils doivent également être titulaires d’un permis de conduire valide. Pour les vélos des catégories 2 et 3, les plus rapides, la loi va encore plus loin en imposant la souscription à une police d’assurance responsabilité civile.
Cette mesure transforme administrativement un simple vélo, même assisté, en un véhicule motorisé à part entière. C’est une première d’une telle ampleur aux États-Unis, et cela créé une onde de choc pour le monde du cyclisme.
Une Décision Surprenante et Inquiétante
Cette loi est perçue comme une réponse hâtive et mal ciblée à des problèmes de sécurité bien réels, mais mal identifiés. Plutôt que de s’attaquer à la source des accidents, elle impose une charge administrative et financière énorme à des usagers qui, pour la plupart, respectent les règles.
Les associations de cyclistes, comme PeopleForBikes, sont montées au créneau, dénonçant une législation qui risque de rendre le New Jersey « l’État le plus hostile au vélo du pays ». Le principal reproche ? La loi fait un amalgame dangereux entre les VAE légaux et d’autres engins électriques bien plus problématiques.
E-bike, VAE, e-moto : Distinguer les Véhicules
Pour comprendre l’absurdité de la situation, il est essentiel de clarifier les termes. Le terme « vélo électrique » est souvent utilisé à tort et à travers pour désigner des véhicules qui n’ont rien à voir les uns avec les autres.
Comprendre les Classes de Vélos Électriques
La réglementation américaine, suivie par la majorité des États, définit trois classes de VAE :
- Classe 1 : L’assistance électrique ne se déclenche que lorsque le cycliste pédale et se coupe à 32 km/h. C’est le VAE classique que nous connaissons bien en Europe.
- Classe 2 : Ces vélos disposent d’une poignée d’accélération (comme un scooter) qui fonctionne sans pédaler, mais l’assistance se coupe également à 32 km/h.
- Classe 3 : L’assistance peut monter jusqu’à 45 km/h, ce qui les rapproche de la catégorie des cyclomoteurs.
Ces trois classes sont considérées comme des vélos, conçus pour cohabiter avec le trafic cycliste classique.
Le Réel Problème : Les « e-motos » Illégales
Le danger ne vient pas de ces vélos, mais d’une catégorie d’engins non réglementés souvent importés directement et vendus en ligne : les « e-motos » ou « dirt bikes » électriques. Ces véhicules ressemblent à des vélos mais sont en réalité des cyclomoteurs ou des motos électriques déguisées, capables de dépasser les 50 ou 60 km/h.
Ces engins, souvent conduits par des jeunes sans aucune formation, sont responsables de la majorité des accidents graves. Malheureusement, la loi du New Jersey manque complètement sa cible en pénalisant les VAE légaux au lieu de renforcer la lutte contre ces « e-motos » déjà illégales.
Un Casse-tête Administratif Inefficace
Au-delà de son erreur de ciblage, cette loi est tout simplement inapplicable en l’état et créé des barrières absurdes à l’adoption du VAE.
L’Immatriculation Sans Numéro de Série Unique
Contrairement aux voitures qui possèdent un numéro d’identification unique (VIN), les vélos n’ont pas de standard universel. Chaque fabricant utilise son propre format de numéro de série.
Imaginez le défi pour l’administration : elle devrait créer et maintenir une base de données recensant des centaines de marques et leurs formats de numéros spécifiques. C’est une tâche colossale qui transformera une simple démarche en parcours du combattant pour les cyclistes.
Des Assureurs Inadaptés à Ce Nouveau Marché
Le monde de l’assurance est calibré pour évaluer les risques liés à des véhicules de plusieurs tonnes circulant à grande vitesse. Comment appliquer ces modèles à un vélo de 25 kg dont la vitesse maximale est de 45 km/h ?
Le risque est double. Soit les assureurs, par manque de données, proposeront des tarifs prohibitifs qui décourageront les acheteurs. Soit ils y verront une nouvelle opportunité de profit sans évaluer justement le risque, qui est infiniment plus faible que celui d’une voiture. Comparer un VAE à un pick-up Ford F-150 n’a tout simplement aucun sens.
La Sécurité Oui, Mais Avec Bon Sens
Personne ne nie la nécessité d’encadrer l’usage des VAE pour garantir la sécurité de tous. Mais il existe des solutions bien plus intelligentes et efficaces que celle choisie par le New Jersey.
Les Bonnes Pistes : Éducation et Application des Lois Existantes
Plutôt que d’inventer une usine à gaz administrative, il serait plus judicieux de se concentrer sur des mesures de bon sens.
- Renforcer l’éducation : Sensibiliser les utilisateurs aux règles de bonne conduite et aux dangers.
- Promouvoir le port du casque : Une mesure simple et prouvée pour réduire la gravité des blessures.
- Fixer un âge minimum : Interdire l’usage des VAE les plus rapides aux mineurs semble tout à fait légitime.
- Faire respecter la loi : Concentrer les efforts de police sur le retrait de la circulation des fameuses « e-motos » illégales qui sont le problème central.
Le Risque de Freiner une Solution d’Avenir
En rendant l’accès au VAE plus complexe et plus cher, le New Jersey prend le risque de décourager des milliers de citoyens de l’adopter. Le résultat ? Plus de voitures sur les routes, plus d’embouteillages, plus de pollution et, ironiquement, des routes potentiellement moins sûres pour tout le monde.
Le vélo électrique est l’un des véhicules électriques les plus populaires. Il permet à des familles de faire leurs courses, d’emmener les enfants à l’école et de se rendre au travail sans voiture. Les législateurs devraient encourager ce potentiel, pas le brider par des lois hâtives et mal conçues.
La loi du New Jersey est un cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire. Elle punit les usagers vertueux, ignore le vrai problème et créé des obstacles inutiles à une solution de mobilité propre et efficace. Espérons que cette erreur serve de leçon et que d’autres législateurs sauront adopter une approche plus pragmatique, centrée sur l’éducation et la régulation intelligente plutôt que sur la bureaucratie punitive.
Et vous, quelle serait selon vous la réglementation idéale pour accompagner l’essor du vélo électrique tout en garantissant la sécurité de tous ?