Alors que les documentaires et les réseaux sociaux n’avaient pas encore fait des voyages à moto des productions grand public, un jeune homme avait un rêve simple et puissant : découvrir la planète sur sa machine. Quarante ans avant que Ewan McGregor et Charley Boorman ne popularisent l’aventure à deux-roues, Shigeru « Stan » Yoshida écrivait la première page d’une épopée qui allait définir toute son existence. Un récit de courage, de passion et de dévotion inébranlable envers une marque : Yamaha.
Découvrez ce voyage temporel, suivant les traces d’un pionnier dont la détermination inspire toujours les motards, même à 84 ans.
L’étincelle du grand voyage : la lettre qui a tout changé
En 1965, le contexte est radicalement différent. Sans GPS, internet ou blogs de voyage pour l’orienter, l’aventure était une question de pure audace. Dans ce contexte, Shigeru Yoshida, 22 ans et étudiant, décide de forger son propre destin.
L’audace d’un étudiant de 22 ans
Plutôt que de seulement rêver, Yoshida agit. Il rédige une lettre, non pas à un concessionnaire local, mais directement à Genichi Kawakami, le président de Yamaha Motor Co. en personne. Sa requête est aussi directe qu’insensée : il demande une moto pour faire le tour du monde.
On pourrait croire qu’une telle lettre disparaîtrait l’administration d’une multinationale. Mais la vision du dirigeant de Yamaha l’a rendue unique.
Une réponse au-delà de toute espérance
À sa grande surprise, Yoshida obtient une réponse positive. Et quelle décision ! Yamaha ne se contente pas de lui fournir une moto, mais lui offre une machine neuve et emblématique de l’époque : une YDS-3.
Il s’agissait d’une petite sportive de 246 cm³, dotée d’un moteur bicylindre deux-temps. Un choix étonnant pour un tel périple, loin des grosses cylindrées actuelles pour ce type d’aventure. De plus, la marque lui offre un stock complet de pièces de rechange, une ressource précieuse pour surmonter les imprévus.
Le premier grand voyage (1965-1968) : la naissance d’une légende
En juillet 1965, Stan Yoshida enfourche sa YDS-3 et quitte le Japon. Face à lui, l’inconnu. Il entame alors un périple de trois ans qui le transformera à jamais et bâtira sa légende.
Des dizaines de milliers de kilomètres à travers le globe
Son itinéraire est époustouflant.
Il traverse :
- Le Moyen-Orient
- L’Asie du Sud-Est
- L’Europe
- L’Afrique
- Les Amériques
Imaginez les défis : gérer des pannes mécaniques isolé, la barrière de la langue, des routes parfois impraticables et la solitude des longs trajets. Chaque kilomètre représente une victoire, chaque rencontre un apprentissage. Sa petite Yamaha deux-temps, agile et de conception simple, s’avère une fidèle compagne, bien qu’exigeante.
Un retour en héros et une carrière chez Yamaha
Lorsqu’il rentre finalement au Japon en 1968, après des dizaines de milliers de kilomètres, son exploit est salué. Yamaha, admirative de sa détermination et de sa loyauté, lui propose un poste. Une proposition qu’il accepte sans hésitation, liant ainsi son destin à celui de la marque aux trois diapasons.
Il venait de faire de son plus grand voyage une véritable carrière.
La passion ne prend jamais sa retraite
Pour beaucoup, une telle aventure comblerait une vie. Mais pour Stan Yoshida, la route est un appel constant. Sa passion pour le voyage à moto est restée intacte, bien au contraire.
À 60 ans, la route l’appelle à nouveau
Trente-cinq ans après son retour, à 60 ans, Yoshida décide de clore ce chapitre. Il repart pour achever son tour du monde là où il l’avait interrompu, cette fois-ci en partant de la Russie vers l’ouest. Ce nouveau voyage correspond à la fin de sa remarquable carrière chez Yamaha, qu’il conclut au poste de directeur du Communication Plaza, le musée officiel de la marque.
Il était devenu le gardien de l’histoire qu’il avait lui-même écrite.
84 ans et toujours au guidon : le voyage continue
Aujourd’hui. Le temps a filé, mais l’étincelle demeure. Il a échangé sa nerveuse YDS-3 deux-temps pour une monture plus posée, une Yamaha DragStar, un custom de 250 cm³ avec un moteur V-twin.
Parti du sud de la Californie, il a récemment traversé le Texas pour atteindre l’Alabama, avec une halte essentielle : le Barber Vintage Motorcycle Museum, l’un des plus impressionnants musées de motos.
Une rencontre fortuite, un symbole puissant
C’est pendant cette visite en Alabama que le destin lui a offert une belle surprise, un de ces moments uniques que seule la route peut procurer.
Au Barber Museum, l’histoire s’écrit
Reconnu pour son parcours exceptionnel, Yoshida a été invité à signer l’un des piliers en béton du musée, un espace dédié aux plus grands noms de la moto, pilotes de course et célébrités. Un honneur qui l’inscrit définitivement au panthéon des légendes du deux-roues.
La poignée de main avec Kenny Roberts
Pendant sa visite du musée, le hasard l’a mis sur le chemin d’une autre icône de Yamaha : Kenny Roberts. Triple champion du monde en Grand Prix 500cc, « King Kenny » est le premier Américain à avoir décroché ce titre, pilotant une Yamaha YZR500 en 1978. Au fil de ses années chez Yamaha, l’explorateur Yoshida n’avait jamais croisé le coureur de légende.
Leur poignée de main, immortalisée par une photo, est un symbole fort : l’union de deux hommes qui, chacun à leur manière, ont hissé les couleurs de Yamaha au sommet. « Je l’ai vu courir de nombreuses fois, et il gagnait toujours », a humblement confié Yoshida.
L’histoire de Shigeru « Stan » Yoshida est bien plus qu’un simple récit de voyage. C’est une leçon de vie. Elle rappelle que l’âge n’est qu’un chiffre et que la passion est la plus forte des motivations. Qu’il s’agisse d’une sportive deux-temps ou d’un paisible custom, l’important est de bouger, de continuer à explorer et de ne jamais cesser de rêver. La vie, comme le démontre Yoshida, est simplement meilleure au guidon.
Et vous, quel voyage à moto vous inspire ?